Sagesses anciennes

La période axiale (-800 à -200) a vu l’émergence du socle philosophique et religieux sur lequel repose encore aujourd’hui une bonne partie de notre système de pensée.

Que ce soit en Chine (Confucius, Lao Tseu), en Inde (Bouddha), en Perse (Zarathoustra), en Palestine (Elie, Isaïe, etc.) ou bien-sûr en Grèce (Socrate, Platon, Aristote et leurs copains), cette révolution de la pensée a été globale et condensée sur une période relativement courte, compte tenu qu’homo sapiens avait déjà 200 000 ans dans les pattes.

Certains apprentissages de cette période sont encore d’actualité aujourd’hui, et n’ont été que très récemment « découverts » par la science moderne (je pense par exemple à la psychologie qui était déjà très développée chez les stoïciens mais qui n’est venue dans la modernité qu’au XXème siècle, ou encore la notion de conscience, que les sciences cognitives découvrent depuis une vingtaine d’années mais qui n’était autre que l’une des « découvertes » de Bouddha il y a 2500 ans).

La solidité de certains de ces apprentissages m’incline à considérer les religions comme des heuristiques de survie dans un monde incertain (l’idée n’est pas de moi, mais je développe ce point de vue dans mon article : Dernier article avant la fin du monde).

Au-delà de l’importance de comprendre et déconstruire la vision du monde que l’on porte tous en nous de part notre culture, il me semble important aussi de comprendre les enseignements de ces sagesses antiques car ils contiennent probablement des éléments pertinents pour bien vivre dans ce monde.

Voici pour le moment ce que j’ai exploré sur le sujet.

Awakening From The Meaning Crisis — John Vervaeke. Dans cette série de 50 vidéos (!!), un philosophe professeur de sciences cognitives explore l’histoire de la sagesse et de la « fabrication de sens » (meaning making) chez les humains, depuis les temps pré-historiques jusqu’à aujourd’hui. La série n’est pas encore terminée (on en est à la moitié), mais le contenu offre d’ores et déjà un panorama vertigineux dans l’histoire de la pensée humaine.

Mythos — Joseph Campbell. Une autre série de vidéos (« seulement » 15 heures) : des conférences de Joseph Campbell filmées sur les 6 dernières années de sa vie et qui récapitulent son oeuvre sur l’analyse des mythes et des religions constitutifs de notre culture. Il s’agit là aussi d’une plongée dans l’inconscient collectif.

When Things Fall Apart: Heart Advice for Difficult Times — Pema Chödrön. C’est le premier livre qui m’a aidé à comprendre le bouddhisme d’une manière intuitive plutôt qu’intellectuelle. Il est plutôt court, mais remet en cause des mécaniques de pensées tellement ancrées qu’il laisse une empreinte durable (exemple : When we can’t handle what’s happening is the true teaching)

The Heart of Buddha’s Teachings — Thich Nhat Hanh. Pour revenir sur les enseignements originaux de Bouddha (et pas ceux d’une tradition en particulier), le moine bouddhiste zen Thich Nhat Hanh (fondateur du Village des Pruniers en France) est un très bon guide.

The Mind Illuminated — Culadasa. Un manuel de méditation extrêmement bien détaillé, qui explique la théorie et la pratique de la méditation pleine conscience jusque dans les moindres détails, et notamment comment progresser au fil du temps (car à mesure que la pratique de la méditation évolue, les difficultés que l’on rencontre évoluent aussi).

Get Out of Your Mind and Into Your Life — Steven Hayes & Spencer Smith. Ce livre détaille une thérapie appellée Acceptance and Commitment Therapy, qui peut quasiment s’apparenter à une version psychologique et laïque du bouddhisme. Elle explique par exemple que la souffrance existera toujours et qu’il faut arrêter de croire qu’elle cessera dans le futur (quand on aura fait ceci ou cela). C’est donc maintenant que tout se joue, dans la perception qu’on a de ce qui se passe. Et il livre de nombreux exercices (à faire soi-même) pour appliquer concrètement les conseils prodigués. Ce n’est donc pas qu’un manuel théorique mais un vrai guide concret.

A Guide to the Good Life: The Ancien Art of Stoic Joy — William Irvine. Système de pensée plus proche de nous, le Stoïcisme se recoupe sur de nombreux aspects avec le bouddhisme : importance de l’observateur dans la perception du monde, présence constante de la souffrance ou encore impermanence des phénomènes (ils ont loupé la notion de vacuité / non-soit, cependant), sans oublier des mécaniques de mises en pratique très concrets (pas de méditation ici, mais de l’introspection et diverses formes d’entraînement dans la vie courante). On peut voir là aussi à quel point les stoïciens avaient compris la psychologie moderne il y a plus de 2000 ans.

The Happiness Hypothesis — Jonathan Haidt. Les sagesses anciennes expliquées avec le regard de la science moderne (dans la même veine, mais non lu : Why Buddhism is True).